« On va tout péter » : la lutte des GM&S diffusée sur Arte

lundi 24 juin

Pendant neuf mois, le cinéaste britannique d’origine polonaise, Lech Kowalski, a suivi la lutte des GM&S caméra au poing. Son documentaire brut et politiquement incorrect, On va tout péter, s’impose parmi les films sociaux, témoins des batailles syndicales contre la casse de l’emploi.

C’est ce qu’on pourrait appeler du cinéma direct. Une caméra à l’épaule, une image pas très propre, une mise au point et un cadre bousculés de par l’engagement du cinéaste à filmer un sujet pour le moins tumultueux.

Au Printemps 2017, dans la cour de l’usine GM&S, équipementier automobile de La Souterraine (Creuse), deux salariés de Sodimatex, un autre équipementier situé à Crépy-en-Valois (Oise), découvrent à peine surpris les bonbonnes de gaz accrochées à une citerne barrée d’un menaçant « On va tout péter ». Les premiers sont en lutte contre la fermeture annoncée de leur usine – depuis que PSA et Renault préfèrent commander moins cher à l’étranger – et au bout du rouleau face à la casse de l’emploi lors d’une éventuelle reprise.

« Après des mois de lutte et de tergiversations, les 283 salariés de GM&S La Souterraine ont franchi le seuil du désespoir », indiquait notre article du 12 mai 2017. Les seconds sont déjà passés par là : en 2010 eux mêmes avaient menacé de faire sauter leur usine, avant qu’elle ne ferme et débouche sur une fin dramatique faite de chômage et de suicides. On connaît la musique.

Un classique du genre

Ce type de récit est presque devenu un classique du cinéma documentaire contemporain. Contexte de désindustrialisation et de chômage de masse oblige. Dans un territoire donné, une usine va fermer, malgré de bons résultats et souvent après plusieurs reprises successives, parce que l’actionnaire principal ou le donneur d’ordre va faire davantage de profits ailleurs.

Révoltés d’être relégués au rang de variable d’ajustement comptable, les ouvriers – souvent structurés par les organisations syndicales – s’engagent sur le chemin de la contestation collective et médiatisent leur conflit pour créer un rapport de forces qui leur permette de sauver leur emploi (et souvent ,aussi, d’autres emplois induits, surtout dans l’industrie)…

Les Lip, l’imagination au pouvoir de Christian Rouaud (2007) en passant par Rêve d’usine de Luc Decaster, consacré à la lutte des salariés de l’usine Epéda de Mer (2003), Comme des lions consacré à celle des salariés de PSA Aulnay par Françoise Davisse (2016) ou même En Guerre, fiction inspirée de la lutte des Goodyear de Stéphane Brizé (2018)

Une rencontre, un regard

Ici, c’est la rencontre de Yann, Jean-Marc, Vincent et du reste des salariés qui menacent de faire sauter l’usine, si l’État n’intervient pas pour sauver tous les emplois, avec Lech Kowalski, un cinéaste au parcours engagé (I pay For Your Story, La malédiction du gaz de schiste). Sentant l’énergie de la révolte, c’est ce qu’il filmera pendant neuf mois, caméra au poing, auprès des travailleurs en lutte de GM&S.

Il saisit sur le vif les assemblées générales, les moments de doute où l’espoir vacille, les paroles qui redonnent courage, avant d’emboîter le pas à une délégation partie occuper des sites de production de PSA et Renault. C’est également lors d’une occupation par les ouvriers de la préfecture de Guéret, en septembre 2017, qu’il finira en garde à vue pour rébellion après avoir refusé d’arrêter de filmer et de quitter les lieux.

Souvent abrupt quand les nerfs lâchent devant l’absurde, parfois invraisemblable comme cette conversation entre un ouvrier et un CRS qui partagent leur passion pour la pêche à la carpe, dramatique quand le couperet tombe sur 157 salariés, On va tout péter constitue un témoignage rigoureux des conséquences sociales et économiques mortifères de la logique capitaliste dans les territoires en marge des grandes métropoles.

Emploi et dignité

Mais il est plus que ça. Avec son regard respectueux mais brut, son séquençage précis (assemblées générales, occupations pacifiques, blocages,..), le film qui fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes, cette année, devient la chronique d’un monde ouvrier en voie d’extinction.

Plusieurs personnages se dégagent, dont Yann Augras et Vincent Labrousse, syndicalistes CGT de la métallurgie qui ont structuré cette lutte, mais c’est bien le portrait d’un collectif qui s’impose. Le résultat est masculin, âpre, solitaire, il prend des allures de western crépusculaire où, en pleine France du 21e siècle, une communauté résiduelle de métallos se bat pour préserver emploi et dignité contre l’implacable loi du marché et l’exaspérante escorte institutionnelle qui la couvre. Une bataille reprise quelques mois plus tard par le mouvement des gilets jaunes…

On va tout péter
documentaire de Lech Kowalski, 1h49. Diffusion sur Arte le 24 juin à 22h55 puis sur arte.tv tout l’été.


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